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"Maudit" Turc ! (II)
Publié le : 22-10-2009

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous présente la traduction de la seconde partie de l’article de Orhan Cengiz, paru dans le Todays’ Zaman, presse turque anglophone. La première partie avait déjà fait beaucoup de bruit dans les milieux intellectuels et journalistiques intéressés, de par la personnalité de son auteur et de par son contenu (voir notre introduction "Maudit" Turc ! (I)). Une fois encore, à la lecture de cet article, on constate combien Orhan Cengiz est blessé d'être agressé par certains Arméniens, uniquement parce qu’il est Turc, d'être appelé "assassin" à cause de sa seule origine, alors même qu'il est considéré comme traître à sa nation pour des positions allant à l'encontre de celles de la majorité. Mais son analyse présente est franchement caricaturale. On s’attendait à un peu plus de hauteur de la part d’un intellectuel. Encore une fois, Orhan Cengiz attribue aux Arméniens les mêmes travers qu'aux Turcs, et fait des descendants de victimes, le reflet dans le miroir des négationnistes turcs. « Arméniens et Turcs, tous coupables », a-t-on le sentiment de lire entre les lignes d’où se dégage un malaise évident au vu des nombreuses contradictions : « Tant que vous voyez tous les Turcs comme des Talaat Pacha et tant que les Turcs s'identifient à lui, nous continuerons ce cercle vicieux. » L’auteur reconnaît que les Turcs s'identifient à Talaat Pacha (le ‘Hitler’ turc quand même !) mais rejette la faute sur les victimes arméniennes, qui près de 95 ans après les faits, « vivent comme si les événements de 1915 s’étaient déroulés il y a 15 minutes »… Orhan Cengiz ignore-t-il que le négationnisme perpétue le crime ? Que la négation du génocide des Arméniens par l'Etat turc, "c'est le double-meurtre" comme l'a si bien analysé Elie Wiesel ?
Sans vouloir donner de leçons à quiconque, Orhan Cengiz fait-il un travail critique similaire envers les 70 millions de Turcs (qu’il va bien falloir éduquer s’ils se prennent majoritairement pour des Talaat) ? Ou bien, n’a-t-il en ligne de mire que les Arméniens de la diaspora (qu’il amalgame tous dans un même package en se basant sur quelques internautes qui ont réagi à son article), et qui n’ont aucune structure étatique pour les défendre et les représenter ?
« Tout commencera en sentant le chagrin et la douleur d'une vieille dame arménienne, forcée de quitter sa maison et de traverser le désert. Quand les Turcs commenceront à pleurer pour cette vieille dame arménienne, nous commencerons à comprendre ce que nous avons perdu. » conclut Orhan Cengiz…
A-t-il une deadline à nous proposer ? Cette expression anglaise colle parfaitement à cette triste situation, d’autant plus que l’auteur nous propose un avenir radieux : « Arméniens et Turcs, commencerons à pleurer ensemble - et pour longtemps. »

ORHAN KEMAL CENGİZ

o.cengiz@todayszaman.com


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La première partie de cet article, qui a été publiée dans cette rubrique le 18 septembre, a suscité de longues discussions passionnées parmi les lecteurs, en particulier chez les Arméniens. Peut-être, aurais-je dû écrire cette deuxième partie beaucoup plus tôt, mais je n’ai pas voulu intervenir dans ce long débat en cours.

Quand j’ai lu toutes les discussions sans fin des lecteurs arméniens, je suis devenu très pessimiste quant à toute chance de réconciliation possible.

Certaines réactions m'ont fait penser qu'il est presque impossible de dire quelque chose sur ce sujet. D'une part, nous avons des Turcs qui ne se souviennent de rien, et d'autre part, des Arméniens qui vivent comme si les événements de 1915 s’étaient déroulés il y a 15 minutes. Comment diable tous ces gens-là pourront-ils se réunir et discuter ? Le ton et le contenu de certaines discussions m’ont rendu vraiment très pessimiste.

J’ai senti que j'étais considéré comme une sorte d'intrus dont les commentaires menaçaient le statu quo. J’ai senti que personne ne voulait en fait parler de quelque chose. Il y a des positions gravées dans la pierre, le traumatisme a été congelé et à vrai dire tout le monde est content de ça. Cette “victimisation” s'est transformée en une identité et ne veut plus disparaître. Vous voulez vraiment que la Turquie reconnaisse ce qu’il s’est déroulé dans le passé, ou voulez-vous vous venger?

Être le descendant d'une nation qui a subi des crimes odieux perpétrés par une certaine mentalité en Turquie, vous donne-t-il le droit d'être absolument vrais et justes, quelle que soit la position que vous prenez ? Avez-vous le droit d'être raciste et de ne pas être remis en question en même temps?

Dans la première partie, j'estimais que certains Arméniens, croyant que tout le monde est un assassin en Turquie, étaient en fait des racistes, car ils stigmatisent tous les Turcs. J'ai depuis reçu des messages terribles qui me critiquaient et affirmaient que le mot "turc" était l’équivalent de "barbare", "violeur", "assassin" etc.

Ma critique du racisme s’est heurtée à l’exemple même du racisme. Ces gens-là ne se rendent pas compte qu'ils portent en eux l’énorme potentiel d’être eux-mêmes des bourreaux. Ils sont les âmes jumelles des auteurs des massacres qui ont fait souffrir leurs ancêtres. Ils pensent qu'être victimes leur donne le droit de ne pas être critiqués.

Devrions-nous fermer les yeux sur les graves violations des droits de l'homme perpétrées par Israël, l'Arménie et les autorités kurdes dans le nord de l'Irak, tout simplement parce que ces personnes ont souffert de l’holocauste, des crimes contre l'humanité et ainsi de suite ? Peut-on faire cela ? Si vous ne faites pas attention à la souffrance humaine causée par l'Arménie, ou par exemple à de graves problèmes de torture, mais que vous ne parlez que du génocide arménien, comment puis-je vous prendre au sérieux ? Dois-je respecter votre nationalisme pathologique, tandis que vous pensez que vous défiez un autre nationalisme pathologique en Turquie ?

Il y a eu quelques objections à ma déclaration, selon lesquelles la Turquie a souffert de perte de mémoire. Certains Arméniens pensent qu’en Turquie tout le monde se souvient de ce qu’il s'est passé, mais prétend juste avoir oublié. La Turquie a non seulement perdu sa mémoire à propos de 1915, elle a également perdu le contact avec son passé. Je traiterai ce sujet dans un autre article.

Malgré tout le respect que je vous dois, je trouve assez grotesque l'obsession sur le terme "génocide". Certains Arméniens pensent que si le dialogue entre les Turcs et les Arméniens ne commence pas avec l'utilisation de ce mot, les Turcs se seront en quelque sorte débarrassés du poids de l'histoire.

Les sociétés peuvent-elles commencer à parler à partir de concepts? Quand vous insistez pour que le dialogue avec une autre nation démarre avec l'utilisation d'un certain mot, vous insistez sur le fait de ne pas parler. Vous ne voulez pas parler, vous voulez juste condamner.

Et vous ne comprenez pas que la confrontation de la société turque avec son passé n'est pas seulement une partie de la justice, mais c’est aussi une condition préalable pour qu’elle retrouve sa santé psychologique. Nous ne serons pas une société saine sans une confrontation avec notre perte. Quand le dialogue démarrera, quand la société turque commencera à discuter de cette question par le biais de la raison et essayera de comprendre ce qu’il s'est passé avec son coeur, un processus de rétablissement commencera. Tout commencera en sentant le chagrin et la douleur d'une vieille dame arménienne, forcée de quitter sa maison et de traverser le désert. Quand les Turcs commenceront à pleurer pour cette vieille dame arménienne, nous commencerons à comprendre ce que nous avons perdu.

Pourquoi vous attendez-vous à ce que je m'identifie à Talaat Pacha? Je rejette son héritage et je suis dégoûté de ses gangs. Tant que vous voyez tous les Turcs comme des Talaat Pacha et tant que les Turcs s'identifient à lui, nous perpétuerons ce cercle vicieux. Quand les Turcs et les Arméniens condamneront ensemble Talaat et ses gangs criminels, quand nous pleurerons ensemble pour notre perte [la perte subie par les Turcs et les Arméniens], d’avoir été condamnés à vivre en tant que peuples séparés, nous commencerons tous à guérir.

Quand je parle aux nationalistes arméniens, ils ne font que bloquer mes sentiments. Ils m’anesthésient. Cependant, lorsque je croise des Arméniens qui parlent avec leur coeur, je ressens une douleur atroce. Tout va commencer par le sentiment de la perte, et non pas avec des mots ou la fomentation de la haine. Tout va commencer en ressentant la douleur d'un seul individu. Ensuite, les corps seront enterrés, les souvenirs retrouvés, et nous, Arméniens et Turcs, commencerons à pleurer ensemble - et pour longtemps.


Traduction Collectif VAN - 07:41 - 22 octobre 2009 - www.collectifvan.org


Lire aussi:

"Maudit" Turc !





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Source/Lien : Today's Zaman



   
 
   
 
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